Bonobo

Bonobo

Musicien et Producteur
Bonobo
Je suis toujours étonné de constater à quel point une occasion en or peut soudain se transformer en boulet. Particulièrement dans le monde si capricieux de la musique. Dans le cas de Bonobo, ce moment d'exception, disons plutôt l'année, fut le lancement de son album 'Animal Magic', à l'époque précise où le mot à la mode de tout un chacun était 'chill'. Mais il est impossible de se soustraire à la puissance du brouhaha à la mode, même si à l'évidence de ces premières réalisations, il était clair qu'il était un producteur de talent. Comme il en va de ces choses, la clameur s’est transformée en murmure, pour bientôt devenir bruit de fond, à mesure que les compilations, les pubs et les campagnes médiatiques sans fin sur le même thème envahirent notre imaginaire collectif.

Un Simon Green tout jeune (car c'est lui le roi des singes) refusa de se laisser abattre par la prose journalistique paresseuse qui l'affublait des étiquettes 'chillout' et 'downtempo'. Bien au contraire. Il accrut les enjeux, et même en fait, prit position sérieusement, passant de la maison de disques Tru Thoughts à Ninja Tune, et s’appliqua à faire évoluer les choses vers un niveau supérieur.
Car les niveaux d'intervention constituent la priorité pour Bonobo. Pas d’un point de vue strictement technique, mais bien en matière de démarche musicale. En surface, on perçoit des ambiances organiques, pastorales, des mélodies accrocheuses, à savoir les aspects de son premier enregistrement qui ont rejoint le public. Il est possible d’aborder une chanson de Bonobo sous cet angle si vous le désirez, et vous ne perdrez pas au change. Mais ce sont les facettes plus profondes et quelque peu cachées que vous devriez explorer, car là se trouve leur essence. Ce sont ces éléments qu'il a explorés sur son album 'Dial M for Monkey', alors qu'il privilégiait les instruments en direct, les subtilités rythmiques, les teintes plus sombres de l'âme, et presque un tour de passe-passe, pour au final vous faire passer insensiblement d'une ambiance à l'autre.

'Dial M For Monkey' a confirmé le courage et l'audace de Bonobo, et ces deux qualités allaient être à nouveau mises à l'épreuve alors qu'il s'attaquait à la constitution de son groupe de tournée. Il a réussi à trouver les bons musiciens, payant de sa poche les répétitions, et mettant sur pied un spectacle permettant de faire ressortir les aspects de sa musique qui étaient demeurés jusqu’alors inaperçus, à mesure que le groupe se baladait du Glastonbury au Jazz Cafe, en passant par le Big Chill, et visitait des coins exotiques de l'Italie à la Russie.

Il entreprit de créer son style de DJ de la même façon, refusant de se conformer aux idées préconçues d’un style relax et fonçant tête baissée vers la piste de danse, en utilisant un mélange dense de hip hop, de jazz lourd, de rythmes syncopées, de musique latine, de funk et de soul, accompagné à l’occasion d’une touche effrontée de rock psychédélique et de drum and bass. Histoire de vous garder sur le qui-vive, hein? Bien campé dans sa carrière de DJ de renommée internationale, Bonobo a joué partout sur la planète, y compris devant des foules immenses aux É.-U. et au Canada avec Amon Tobin, une évolution qui culmina par l'offre de Ninja Tune de concocter de concert une compilation de Solid Steel. Au diable le lounge, allons en suer une.

Les attentes ayant été bel et bien reléguées aux oubliettes, comme il se doit, tous les horizons s’ouvrent à Bonobo pour qu'il se dépasse toujours davantage, et nous anticipons fébrilement le prochain album, fin 2005 ou début 2006, avec un esprit fin prêt à accueillir les possibilités qui se dessinent.

« Tout plein de musique en direct », affirme Bonobo. « Des cordes, des cuivres, de la batterie et des voix. Plus d'énergie et un son plus puissant, plus lourd. »

Pas de demi-mesures!